Homélie de Mgr Pontier : ordination diaconale

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Le ministère de diacre permanent demeure encore méconnu de beaucoup de chrétiens !

La lecture des Actes des Apôtres que nous venons d’entendre nous présente la figure de Philippe, un des Sept, comme on le désigne. Volontiers, on reconnaît dans ces Sept les premiers diacres, institués par les apôtres pour résoudre le conflit naissant entre les Hébreux et les Hellénistes au sujet de la répartition des biens en faveur des veuves de leur groupe. Les Sept furent choisis pour prendre en charge cette question, tandis que les apôtres s’adonneraient au ministère de la Parole, à celui des sacrements et au service de la communion au sein des communautés naissantes.

En restaurant le diaconat comme un ministère stable, le concile Vatican II a voulu doter l’Eglise de ce temps d’un ministère qui lui paraissait utile et nécessaire pour son implantation et son développement. Le concile précisait, dans la Constitution Lumen Gentium, que « les mains leur étaient imposées non pas en vue du sacerdoce, mais en vue du service » (29). L’Eglise qui est en France a orienté ce ministère dans cette direction en privilégiant son expression missionnaire, sa figure caritative, sans omettre sa dimension liturgique.

Si je reviens au diacre Philippe, les Actes des Apôtres nous le montrent rejoignant ceux qui ne connaissaient pas encore le Christ : ici, les gens de Samarie, un peu plus loin, l’eunuque éthiopien, haut fonctionnaire de Candace. Le voilà comme un défricheur, un premier témoin, un messager de l’Evangile, un ministre du baptême. Mais il appartiendra aux apôtres Pierre et Jean de venir relier cette communauté naissante de Samarie à l’Eglise plus large en venant célébrer le don de l’Esprit Saint. Il est intéressant de remarquer cela pour ne pas opposer les diacres et les prêtres, mais les voir dans une féconde complémentarité sacramentelle.

L’Eglise a senti la figure du diacre comme bien opportune aujourd’hui pour rappeler que le visage du serviteur est constitutif de la ressemblance de l’Eglise au Seigneur, qui s’est fait le serviteur de tous, et pour enrichir sa dimension sacramentelle. Par la spécificité de leur ministère, plus orienté vers la fondation et la charité, par le statut majoritaire des diacres, hommes mariés et insérés dans la vie par l’exercice d’une profession, l’Eglise se donnait la possibilité de se rendre plus proche d’un plus grand nombre. Il y aurait bien d’autres choses à dire pour mieux approfondir la connaissance du diaconat !

Mais cela est suffisant pour vous inviter, Pierre et Didier, à vous approprier la figure du Christ, serviteur et proche de tous, des plus petits en particulier. Par cette ordination, vous devenez ministres de la charité de notre Dieu, serviteurs de la diaconie de l’Eglise, c’est-à-dire de cette manière toute spéciale dont l’Eglise doit se situer dans le monde, comme une servante, une présence de compassion, une révélatrice de la tendresse du Seigneur. Vous devez aider l’Evêque dans sa mission de conduire l’Eglise diocésaine.

Vous portez une aube et, dans un instant, une étole. Ce n’est pas pour vous mettre à part, mais pour révéler par votre ministère que Celui qui est le Très-Haut s’est fait le Tout Proche. Dans l’exercice liturgique de votre diaconat, vous proclamerez et commenterez la Parole de Dieu, vous célèbrerez des baptêmes, des mariages, vous présiderez parfois des sépultures, vous animerez des prières. Mais vous serez reconnus dans votre vie de tous les jours comme un ministre de l’Eglise. Vous le serez par ceux que vous côtoierez dans votre famille, dans votre milieu professionnel, dans la vie associative, dans la vie de la communauté chrétienne. Ils pourront reconnaître qu’il est le même celui qui se trouve serviteur à l’autel et celui qui est serviteur dans la vie de tous les jours, par sa manière de vivre et de se comporter ! Cela va marquer votre chemin de sainteté, votre ressemblance au Christ. Cela va être riche pour l’Eglise dans sa mission d’évangélisatrice, de servante de la rencontre de Dieu et des hommes.

Frères et sœurs, votre présence nombreuse me réjouit. Elle est déjà une expression de tout ce que Didier et Pierre vivent : œuvre de jeunesse, enseignement, personnes en difficultés rejointes par le Secours catholique, membres de l’Action catholique ouvrière, scouts, membres des paroisses ou amis de l’Œuvre Allemand. Oui, cela me réjouit. Lors de la fête de Pâques, j’ai écrit la Lettre pastorale intitulée : « Il s’agit de Jésus le Nazaréen, Il est passé en faisant le bien, Dieu L’a ressuscité. » Dans cette lettre, j’invite notre Eglise diocésaine à approfondir son lien d’amitié avec le Seigneur Jésus, à fortifier la vie en communauté, à emprunter le chemin des plus pauvres, à se laisser renouveler par le souffle missionnaire de Pentecôte. L’ordination de Didier et de Pierre s’inscrit bien dans cette dynamique ! Déjà, ce soir, grâce à eux, l’Eglise vous rappelle la profondeur du lien d’amitié avec le Seigneur. Elle vous rappelle que ce lien est source de bonheur et que le Seigneur nous confie son projet pour les hommes : reconnaître que Dieu est proche de chacun de nous, en nous, et qu’Il nous appelle à vivre comme des frères en humanité.

Que chacun de nous se sache aimé de Dieu, appelé à Le suivre et à devenir messager de fraternité et de paix. Ne résistons pas au souffle d’amour qui vient de Dieu ! Soyons des messagers d’espérance.

Amen.
+ Georges Pontier
Archevêque de Marseille

Mis à jour le mercredi 8 juin 2011