La catéchèse mystagogique : une nouvelle mode ou un retour aux sources ?

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En arrivant à Provence, Le Père Sevez a confié une feuille de route à l’équipe pastorale. « Avec le Père Nicolas Rousselot de la Baume, a-t-il dit à Alexandra Boissé, étudiez chaque mois le petit livre du Père Christian Salenson : « Catéchèses mystagogiques pour aujourd’hui » (Bayard, 2008) ». Comme dans la Cie de Jésus, il est de coutume d’obéir, les trente animateurs se sont mis au travail. Mais ils se sont interrogés : « le mot « catéchèse », on connaît, mais que veut dire ce mot : « mystagogique » ? Est-ce encore une nouvelle méthode venue de Versailles, que nous allons devoir ingurgiter ? » En fait, ce groupe si dynamique a tôt fait la découverte qu’il pouvait être passionnant de ressusciter cette coutume de l’Eglise des premiers siècles. « Mystagogie », en effet, veut dire : « entrée dans le mystère ». Aujourd’hui, nous croyons que les humains maîtrisent presque tout, que tout se joue en final au niveau cérébral ou au niveau émotionnel, que la dimension spirituelle est bonne uniquement lorsqu’elle est utile en donnant un bien-être. Or cette catéchèse mystagogique invite à voir notre vie, les autres, le monde, et d’abord Dieu bien sûr, comme « Mystère », c’est-à-dire, comme quelqu’un que je crois connaître mais en fait qui m’échappe infiniment car en lui se cache une source. Mais si je l’aime et le respecte, il se donne à connaître. Et si patiemment, je le laisse parler, il me révèle alors son secret. Les catéchistes et les parents chrétiens le savent bien. Souvent la catéchèse se trouve dans une impasse. Un jeune a pu avoir des années de KT dans son cursus et puis arrivé à 20 ans, apparemment, il n’en reste rien ou presque rien. Sa mémoire est vide, comme s’il n’avait presque rien intériorisé. (même si de bonnes choses peuvent remonter les années suivantes). Comment faire pour que les paroles entendues en catéchèse ou en groupe de réflexion ne soient pas trop cérébrales et puissent toucher le cœur et la mémoire profonde ? Les anciens étaient très intelligents car leur catéchèse mystagogique se situait après la réception des sacrements. Certes les nouveaux chrétiens étaient préparés à recevoir consciemment le baptême durant le carême, mais l’essentiel de leur formation avait lieu après le sacrement. Comme si aujourd’hui une récollection de première communion se déroulait la semaine suivant la grande fête. Comme si on mettait la charrue avant les bœufs. Les disciples de St Ignace de Loyola que nous sommes sont forcément attirés par cette pédagogie un peu révolutionnaire pour nos mentalités cartésiennes : vivre l’expérience pour ensuite la comprendre, en faisant parler ce que nous avons vécu. Après une année de formation, les catéchistes de Provence ont le désir d’entrer dans cette nouvelle manière de procéder. Ainsi, quand un groupe se rend à la chapelle, sans s’en rendre compte, les enfants font des gestes très signifiants. Sans s’en apercevoir, ils entendent et répètent des paroles, des formules vieilles comme le monde, au sens très profond. Durant la célébration, ils porteront des bougies, s’inclineront devant la croix, embrasseront respectueusement le livre de la Parole de Dieu, se signeront avec l’eau, etc. Dans le cadre de cette catéchèse mystagogique, au lieu d’expliquer au préalable le sens des gestes et des paroles en faisant appel à la compréhension cérébrale, le catéchiste donnera au groupe de simples indications pratiques des plus succinctes. Mais dans la dernière partie de la célébration, il donnera la parole à qui veut la prendre. A ce moment, chacun pourra parler de ce qu’il vient de vivre et ce que cela représente pour lui. A ce moment, le cœur profond peut parler. Les autres qui écoutent peuvent être touchés. L’Esprit peut s’exprimer librement dans les créatures. Surtout, le catéchiste ne se situera pas comme « celui qui sait » mais se conduira comme un « aîné dans la foi », celui qui a un peu plus de fréquentation du mystère, d’approche de Celui qui est Vivant. Bien sûr, la catéchèse devra rester un lieu de transmission du savoir où la mémoire, l’intelligence sont sollicitées. Mais La mystagogie donne une grande espérance à la catéchèse : elle redit haut et fort que Dieu est premier, C’est lui qui prend l’initiative de la rencontre. J’aurai beau faire, je ne pourrai jamais le prendre comme on prend un papillon dans un filet. Nicolas Rousselot s.j

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Le père Salenson à Provence
Mis à jour le lundi 15 juin 2009