Messe de clôture de l’Année vincentienne

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Mgr Georges Pontier a présidé, samedi, la messe de clôture de l’Année vincentienne à l’église Saint-Vincent-de-Paul-Les Réformés.

Accueillie par le P. Zanotti-Sorkine et la communauté paroissiale, la « Famille vincentienne » a célébré le 350e anniversaire de la mort de ses fondateurs, saint Vincent de Paul et sainte Louise de Marillac. Cette famille est bien présente à Marseille avec les Lazaristes, les Filles de la Charité, les Equipes Saint-Vincent et la Société de Saint-Vincent-de-Paul, actives dans de nombreuses paroisses, deux lycées techniques, La Petite Œuvre et Saint-Louis, et deux maisons d’enfants.

Au cours de son homélie, Mgr Pontier a rappelé que c’est leur foi qui a mis en action « ces géants de la charité » et il a invité à suivre la vocation de « frères universels de ces deux belles figures, frères des plus petits et des plus rejetés en tout premier ».

Le P. Jean-Yves Lebœuf, visiteur de la Province lazariste de Toulouse, a souhaité que « l’esprit audacieux » de Vincent de Paul et de Louise de Marillac nous inspire.

C’est à Marseille que se tiendra, en mai 2011, le Congrès national de la Société de Saint-Vincent de Paul.

HOMELIE DE MONSEIGNEUR PONTIER

350e anniversaire de la mort de Vincent de Paul et Louise de Marillac

Samedi 25 septembre 2010 Paroisse Saint-Vincent-de-Paul-Les Réformés

A la lecture de l’évangile de ce dimanche, on se dit : voilà bien une page qui a pu nourrir la prière de saint Vincent de Paul et de sainte Louise de Marillac. Leur foi les a mis en action. Ils ne sont pas restés insensibles au sort des Lazare de leur temps, enfants abandonnés, orphelins, pauvres, galériens, lépreux, malades. Ils ont fait tomber les portails infranchissables qui séparaient les très riches des très pauvres. Lors de son passage dans notre ville de Marseille, en 1643, Vincent de Paul vit avec les galériens.

Oui, aujourd’hui, nous rendons grâce pour ces deux belles figures, ces géants de la charité comme on aime les appeler.

On s’arrête souvent à leurs actions en ne parlant pas suffisamment de la source qui les animait. C’est leur foi en ce Dieu incarné, pauvre parmi les pauvres, qui leur fait porter un regard de foi et d’amour sur chaque être humain. Saint Vincent de Paul demandait qu’on aille plus loin que ce qui se donne à voir : oui, le malade, le pauvre, l’abandonné peuvent avoir un aspect qui fasse peur. Alors il disait : « Tournez la médaille, et vous verrez par les lumières de la foi que le Fils de Dieu, qui a voulu être pauvre, nous est présenté par ces pauvres ; qu’Il n’avait presque pas la figure d’un homme en sa passion, et qu’Il passait pour fou dans l’esprit des Gentils, et pour pierre de scandale dans celui des juifs ; et avec tout cela, Il se qualifie l’évangéliste des pauvres. Dieu ! Qu’il fait beau voir les pauvres, si nous les considérons en Dieu et dans l’estime que Jésus-Christ en a faite. Mais si nous les regardons selon les sentiments de la chair et de l’esprit mondain, ils paraîtront méprisables. »

C’est en Christ que tous deux puisent l’estime de tout homme donné comme un frère à aimer, reconnu comme un fils de Dieu. La Parole de Dieu, la prière, leur baptême leur ont forgé un cœur de fils et de frère ! Leur suite du Christ leur a donné une manière unique de vivre le double amour, celui pour Dieu au point de Lui consacrer leur vie dans la vie religieuse et le sacerdoce, et celui pour leurs frères au point de faire le choix préférentiel des plus pauvres. Et saint Vincent de Paul a beaucoup investi dans la formation des prêtres et dans les missions pour transmettre à d’autres cette manière de vivre le double amour.

Les temps ont changé ! L’organisation des sociétés s’est perfectionnée, les misères ne sont plus les mêmes. Mais aujourd’hui encore, il reste bien des portails qui tiennent d’un côté les plus riches et de l’autre les plus pauvres. Le portail de l’indifférence, celui du racisme et de la violence, le portail de l’égoïsme qui accepte et justifie les énormes écarts entre les revenus des uns et ceux des autres ne sont pas seulement dans les fonctionnements de la société, mais dans le plus profond de chacun de nos cœurs.

Et l’Evangile est là, ainsi que la figure de ces grands saints, pour nous dire et nous redire : « Partage, fais-toi compatissant, viens au secours des plus malheureux, sois humain, vis en frère, accueille l’étranger. » Pour nous redire encore qu’on ne peut évangéliser quelqu’un sans prendre en compte tous ses besoins, les besoins matériels et les besoins spirituels. Monsieur Vincent disait à ses premiers disciples : « S’il s’en trouve parmi nous qui pensent qu’ils sont à la Mission pour évangéliser les pauvres et non pour les soulager, pour remédier à leurs besoins spirituels et non aux temporels, je réponds que nous les devons assister et faire assister en toutes les manières, par nous et par amour. » On ne peut vouloir soulager les corps sans soulager les âmes, ni soulager les âmes sans soulager les corps !

Vous êtes nombreux à Marseille à trouver en Vincent de Paul et Louise de Marillac des frères aînés dans la foi qui vous stimulent et vous nourrissent : Prêtres de la Mission, Filles de la Charité, Membres des Equipes Saint-Vincent ou des Conférences Saint-Vincent-de-Paul, et bien d’autres qui vous inspirez de leur charisme. Comment ne pas vous encourager et vous remercier ? Aidez-nous, avec d’autres, à trouver aujourd’hui les nouveaux chemins de la charité, rappelez-nous qu’on ne peut pas séparer le double amour, celui pour Dieu et celui pour les plus pauvres.

Il est une belle fleur de sainteté qui a fleuri dans la famille vincentienne au XIXe siècle, c’est Catherine Labouré. Dans la chapelle de la rue du Bac, elle a eu un long échange spirituel avec Marie. Elle recevra plus tard la vision de la médaille miraculeuse, cette petite médaille que beaucoup vénèrent. Marie l’a conduite à l’autel de son Fils, en ce lieu où Il se rend présent à nous jusqu’à la fin des temps comme Celui qui a fait jaillir sur la croix une source d’amour, celle de son sang versé, celle de l’amour inépuisable de Dieu qui renouvelle le cœur de ceux qui viennent s’y abreuver.

A la suite de Vincent de Paul et de Louise de Marillac, puissions-nous renouveler à chaque eucharistie notre merci reconnaissant à Celui qui n’est qu’amour, et notre oui à notre vocation de frère universel, frère des plus petits et des plus rejetés en tout premier.

Georges PONTIER Archevêque de Marseille

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Mis à jour le lundi 27 septembre 2010