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Ecole de Provence
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Promenade commentée au cimetière du Père Lachaise.

Le 30 mars 2009, certains de nos élèves ont bénéficié d’une visite du célèbre cimetière parisien. Ils étaient guidés par Thierry Le Roi, « l’homme qui réanime les cimetières », qui leur a livré une biographie subjective du Père François d’Aix de la Chaize (1624-1709), jésuite et courtisan du Roi-Soleil et fondateur du cimetière

« Vendredi à Versailles.
Au petit matin, un brillant attelage à six chevaux stoppe devant l’aile du gouvernement. Le jésuite qui en descend affiche l’élégance d’un gentilhomme distingué. Grand, mince, le port noble met en valeur un visage régulier, avec juste ce qu’il faut d’austérité dans le regard pour un confesseur du roi. Tel est François d’Aix de la Chaize, digne fils de la Compagnie que les relations de son frère, écuyer de l’archevêque de Lyon, vont élever jusqu’à la cour du Roi-Soleil.

A cinquante ans, le père de la Chaize, qui nen revient pas encore, se sent écrasé par la diffuculté de sa tâche : confesseur de Louis XIV. Le roi, alors âgé de trente-six ans, a eu quatre confesseurs successifs. Il est au sommet de la gloire et des plaisirs. Roi-Soleil, maître absolu de droit divin, il est craint de tous et impose sa volonté à tous, clergé compris. Diriger la conscience d’un tel souverain semble une mission impossible. Et pourtant, derrière l’image du monarque absolu qu’il a su imposer, Louis XIV dissimule un cœur de pécheur qui accepte de se soumettre à la confession. Du père de la Chaize, il apprécie les manières distinguées et polies, sa voix douce et assurée, surtout sa prudence et sa discrétion. De plus, ils partagent la même passion pour la numismatique, ce qui permet au confesseur d’user du goût du roi pour l’aider à perfectionner son latin.
Chaque vendredi, le père de la Chaize quitte la maison professe de Sain-Paul à Paris pour une séance de travail avec le roi à Versailles. Leur tête-à-tête dure deux heures pendant lesquelles le confesseur, qui a la cherge de la feuille des bénéfices, lui propose des candidats pour les évêchés et les abbayes. Pouvoir exorbitant, qui lui vaut bien des envieux.
Louis XIV se réservant le privilège d’annoncer les nominations la veille de ses jours de communion : le Samedi Saint, la veille de la Pentecôte, de l’Assomption, de la Toussaint et de Noël.
Outre cette rencontre du vendredi qui peut s’éterniser, au grand dam des courtisans curieux des moindres faits et gestes, le père de la Chaize doit l’accompagner à la guerre ; parfois il partage même l’intimité du roi. Ainsi, c’est lui qui, le 9 ou 10 octobre 16836, a célébré la messe du mariage secret entre Louis XIV et Mme de Maintenon, messe servie par Bontemps, le premier valet de chambre du roi, en présence notamment de Louvois et de Monseigneur Harlay de Champvallon, archevêque de Paris. Trois ans plus tard, le confesseur fera partie des six personnes dans le secret de l’opération de la fistule du roi. Le monarque ayant dû garder le lit, le jésuite restera auprès de lui, l’entretenant d’histoire ancienne et de médailles. Depuis ce jour, une sorte de connivence s’est établie entre le souverain et son confesseur. Ils se comprennent et s’estiment si bien que leur union sans nuage de trente-cinq ans fait exception dans l’histoire de la direction de conscience royale.
Il est vrai que le père de la Chaize prend toujours le parti du roi, même dans les questions religieuses qui impliquent le général de son ordre. Confronté au douloureux problème des maîtresses royales, face à trois femmes jalouses, Mademoiselle de Fontages, Madame de Montespan, Madame de Maintenon, et une reine bien discrète, il préfère éviter l’affrontement en s’abstenant de la cour vers la fin du carême. Sa tolérance est si grande que Mme de Montespan le surnomme « la Chaize de commodité »...
Lorsque devant les exactions commises par les troupes françaises en Hollande, le pape s’émeut au point d’envoyer des observations au roi par le truchement de son confesseur, celui-ci, fort embarrassé, se retrancher derrière sa neutralité dans les affaires politiques.

Le père de la Chaize passe donc pour un jésuite tout-puissant à qui l’on prête des projets de domination machiavéliques. Il entretient des rapports aigres-doux avec Mme de Maintenon depuis qu’il a refusé de rendre public son mariage avec le roi, ce qui lui aurait permis de devenir reine à part entière. De plus, elle lui reproche son laxisme envers la tièdeur religieuse de Louis XIV, le jésuite préférant une saine piété à une bigoterie excessive.
Louis XIV, qui apprécie chaque jour davantage le jésuite, multiplie les gestes de bienveillance à son égard. Il en est un qui va le faire passer à la postérité. Hors les murs de Paris, La Compagnie possède une grande propriété appelée « Mont-Louis » depuis que Louis XIV et Mazarin s’y étaient rendus pendant la Fronde pour assister aux combats livrés dans le Faubourg Saint-Antoine. Grâce au soutien financier du roi, le père de la Chaize restaure une vieille bâtisse branlante. C’est là, dans sa bibliothèque, au milieu de sa collection de médailles, qu’il reçoit ses amis parmi lesquels figure Boileau.

A force de croiser ce jésuite dans les allées de Mont-Louis, le peuple baptisera le lieu « père Lachaise ». Ce nom lui restera lorsque, le 21 mai 1804, le cimetière édifié par Alexandre Brongniart ouvre ses portes au premier cortège funèbre. »

  • Tombe d'Eugène Delacroix
  • Tombe d'Honoré de Balzac
  • Tombe de JB Clément
  • Visite du Père Lachaise