Qu’est ce qu’un Préfet ?

article dans sa langue originale

Article de Christian Sauron paru dans le "Vivre à Provence 2009"

Lorsque notre Chef d’Etablissement m’a sollicité pour écrire un article sur ce thème, je me suis gratté la tête. Quelle question !

En ouvrant le Grand Larousse Encyclopédique, chacun peut y lire cette définition simple : « Le Préfet des Etudes est chargé, dans les collèges de jésuites, de veiller à la discipline et au bon fonctionnement des études ».

La belle affaire ! Nous sommes trois Préfets des Etudes à Provence. Je me charge des sixièmes et des cinquièmes ; Monsieur Andréani, des quatrièmes et des troisièmes ; Monsieur Micol, des classes du lycée. Nous avons présent à l’esprit cette belle définition de notre rôle mais il est probable que chacun agit avec ses priorités et en fonction de son tempérament. C’est d’autant plus vrai que nous disposons de Conseillers Généraux en Education au collège comme au lycée, responsables de la « Vie scolaire ». Le maintien de la discipline leur incombe.

En poste depuis septembre 2005, je me préoccupe davantage de l’aspect « Etude » de ma fonction. Je dois composer avec les professeurs, les élèves, les parents et …mon Chef d’Etablissement.

Il s’agit d’abord de créer les conditions indispensables qui vont permettre à chaque professeur de donner le meilleur de lui-même, tout en sachant que les « enseignants », salariés de l’Education Nationale, sont moins préoccupés par les vœux d’un Préfet que par les décisions de leur Inspecteur Pédagogique Régional. Tous aimeraient accompagner les bons élèves mais je m’emploie, notamment à partir de la cinquième, à équilibrer les classes en essayant de prendre en compte les caractères des uns et des autres. En sixième, je reconnais que l’équilibre est plus aléatoire dans la mesure où les nouveaux venus me sont parfaitement inconnus. La lecture des dossiers d’inscription ne me laisse pas le loisir de me faire une opinion bien rigoureuse de chacun. Et c’est tant mieux !

Ainsi, après avoir bâti les classes, le Préfet doit :
-  Travailler à la constitution des emplois du temps en veillant, autant que faire se peut, à la répartition équilibrée des matières sur la journée et sur la semaine. Voilà un domaine dans lequel les contraintes sont nombreuses (laboratoires, terrains de sport, groupes de langues en LV 2, professeurs en poste sur plusieurs établissements…) et rendent parfois vains les projets les plus raisonnables.
-  S’informer des moindres réformes et de leurs modalités avant d’en assurer la transmission.
-  Constituer et animer les équipes en tenant compte des équilibres (volume horaire) et des affinités de chacun, tout en sachant qu’il faut parfois « trancher dans le vif ».
-  Faire confiance aux professeurs principaux (nommés par le Chef d’Etablissement en concertation avec son Préfet) dont la tâche consiste à guider leur classe tout au long de l’année. La convivialité et les échanges incessants m’aident à soutenir leur action auprès des jeunes. Cinq Conseils de Classe étalés sur l’année offrent des occasions formelles de faire le point et d’imaginer les solutions face aux difficultés qui se présentent. La participation des élèves délégués à ces Conseils enrichit les débats du regard qu’ils portent eux-mêmes sur leur classe.
-  Et, tout au long de l’année, être attentif aux projets pédagogiques des uns et des autres afin de faciliter, lorsqu’ils sont recevables, leur mise en œuvre.

Mon souci premier reste cependant la réussite des élèves qui me sont confiés. Je pars d’un principe simple : Chaque enfant doit travailler à sa propre progression et à sa réussite personnelle en sachant que l’Ecole fait de lui un acteur au sein de la classe. Entrés dans la vie active, le futur adulte sera placé dans un contexte identique au sein de l’entreprise. Or, la classe ne doit pas être un frein à son épanouissement et l’élève, seul ou en petit groupe, ne doit pas brider, par son attitude, les efforts et la volonté de tous. Je vais donc m’employer à aider chacun à prendre conscience de ses responsabilités, de ses erreurs et de ses progrès. Dans le même temps, je m’attache à créer un climat favorable à l’épanouissement des élèves. Il me semble que les efforts seront plus efficaces si les jeunes viennent au collège en étant aussi heureux que possible. A ce titre, je dois :
-  Apprendre à bien connaître chaque fille et chaque garçon. Le Préfet est avant tout un observateur du quotidien. Il peut se muer en animateur aux heures de détente. Ainsi, le Club Collège, fréquenté par un grand nombre de sixièmes et de cinquièmes, me procure une vision plus fine des personnalités.
-  Recevoir régulièrement les élèves pour encourager les uns, calmer les autres en fixant des objectifs de travail ou de comportement, expliquer et sanctionner quand une faute a été commise en pleine conscience. Aider l’élève à donner le meilleur de lui-même, ce que la pédagogie jésuite appelle "viser à l’excellence".
-  Dresser un bilan objectif des forces et des faiblesses en paraphant de quelques mots les relevés de notes ou les bulletins trimestriels.
-  Proposer une aide et apporter un soutien méthodologique, en accord avec les professeurs, à ceux qui peinent à trouver le bon rythme.
-  Etre disponible et à l’écoute afin de régler au mieux, dans l’intérêt de tous et dans le respect des règles, une situation conflictuelle. Chaque division compte pas moins de 180 élèves et nous vivons le temps scolaire dans des espaces restreints où les tensions peuvent surgir à tout moment.

Il m’arrive assez fréquemment d’échanger quelques informations avec les parents d’élèves. Les conversations téléphoniques ont l’immense avantage de régler rapidement les petits problèmes ponctuels. Les rencontres sur rendez-vous, plus nombreuses après les Conseils de mise au point du mois de février, s’imposent quand il s’agit d’approfondir les causes des difficultés auxquelles sont confrontés certains élèves. Elles me permettent de comprendre le contexte dans lequel l’enfant évolue et ouvrent parfois sur de nouvelles hypothèses de travail. De nouvelles perspectives peuvent se présenter et l’avenir lui même peut être envisager sous un jour nouveau. Deux fois par an, je réunis, avec le Chef d’Etablissement, les parents – correspondants afin d’écouter les doléances des uns et des autres, de répondre aux inquiétudes et de constater que les souhaits exprimés par les uns sont parfois diamétralement opposés aux choix des autres. Le souci de la réussite des enfants, comme leur bien être, est une priorité incontestable qui, pour beaucoup si ce n’est pour tous, justifie le choix de l’établissement. Cependant, il me semble toucher là à un problème fondamental de notre société : un certain nombre de parents pensent que les « institutions » doivent s’adapter aux exigences toujours plus poussées des familles. Nos discussions nous aident à progresser mais il est bien évident que toutes les revendications ne peuvent être satisfaites car, dans ce monde moderne, toutes les richesses que nous savons créer et produire sont le fruit d’un travail de groupe, d’une réflexion en équipe, d’un effort collectif. L’école doit être un laboratoire au sein duquel l’enfant apprend à son fondre dans un collectif (la classe ; la division) tout en apportant ses propres richesses en partage. Le Préfet a donc la lourde tâche de rester à l’écoute tout en adoptant les formules qui serviront les intérêts des élèves.

Enfin, il me faut aussi évoquer le travail effectué en équipe de Direction. Le Conseil de Collège, tous les lundis après-midi, le Conseil de Direction, tous les mardis après-midi et le Conseil des Préfets, tous les jeudis en fin de matinée sont autant d’instance de discussions, d’informations mutuelles et de prise de décisions. Le préfet se sent soutenu, guidé par les réflexions bienveillantes des collaborateurs et orienté dans sa propre démarche de telle sorte que règne une cohérence indispensable au bon fonctionnement de ce gros établissement qu’est l’Ecole de Provence.

Des principes à la réalité du vécu, un fossé plus ou moins large s’est ouvert, selon les individus. L’école demeure un lieu dans lequel les contraintes de l’effort scolaire et celles de la promiscuité sont autant d’entraves à la liberté individuelle. Cependant, les jeunes prennent conscience, entre autres grâce à l’école, que la notion de liberté n’a de sens que dans le cadre d’une vie partagée avec les copains et les copines, … qui deviendront peut-être les amis inséparables de demain. Avoir l’œil à tout sans rien laisser paraître, être attentif et humain pour donner vaillance et courage à ceux que je croise, donner du sens à la notion d’engagement et à la notion d’ouverture aux autres afin que le collège devienne un lieu de vie agréable pour tous ceux qui y travaillent : Voilà tout un programme qui occupe sans beaucoup de répit mes trop courtes journées !

Mis à jour le mardi 15 septembre 2009