Sortie Arts Plastiques en Arles

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LES ELEVES DE L’OPTION ARTS PLASTIQUES DU LYCEE AUX RENCONTRES INTERNATIONALES DE LA PHOTOGRAPHIE A ARLES

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Une fois de plus, nous participons à l’événement de la rentrée : « une rentrée en image » organisée par les RIP guidée par de jeunes médiateurs culturels passionnés, et encadrée par les professeurs d’arts plastiques, de français et de philosophie.

Lecture de l’image fixe et animée, atelier autour du choix de l’image suivant sa destination, rencontre et dialogue avec un photographe professionnel, visites, bien sûr, et découverte d’autant de regards photographiques que d’ auteurs divers, sans compter les dispositifs d’expositions et les qualités techniques de chacun d’entre eux. Je vous propose ainsi le regard de Ronan Evaux Arnoult, élève en T S3 :

Après sa victoire sur Pompée, Jules César décida de récompenser une petite ville portuaire de l’embouchure du Rhône qui l’avait aidé dans sa lutte contre la cité de Marseille. Arles fut alors nommée colonie Romaine, et devint une ville d’art et d’architecture, dotée d’un cirque et d’arènes ; jusqu’à devenir ville impériale sous Constantin.
Il semble que les choses n’aient pas fondamentalement changé. Arles n’est plus la grande cité qu’elle fut sous l’Empire, mais elle garde toujours deux aspects qui la différencient de sa voisine : c’est une ville de culture, d’abord, et puis c’est aussi une ville d’art ; une ville aux charmes inexprimables, aux inimitables ruelles d’ocre débouchant sur des places aux palais fastueux –une ville qui sait conserver son identité et que rien n’altère, sinon les nuées mouvantes de touristes chassant le déjà-vu.
Mais, en réalité, si nous avons traversé Arles, nous n’avons pas eu le temps de l’admirer –nous avons vu autre chose : nous avons vu le Monde. Et nous l’avons vu à travers l’art en général, et l’art de la photographie en particulier. Il serait infâme de raconter ce que nous avons vu ou ce que nous avons fait, le lecteur s’endormirait sur des descriptions interminables sans n’avoir rien appris de ce que nous avons fait réellement.
Alors que dire ? Eh bien il faut tout dire. Que nous avons marché entre deux musées, discutant sur la chaussée, à l’ombre des arbres, et que nous sommes arrivés dans un immense espace, une de ces friches industrielles à l’abandon qui servent aux tournages de films sur des romans de Zola, ou qui nous racontent la vie morbide de l’ère industrielle –au cas où l’on aurait pas encore compris.

Mais cette friche se transforme rapidement en un espace d’exposition artistique ; dès lors qu’on aperçoit l’immense photographie, dressée contre le mur de brique d’un entrepôt, d’une vieille femme qui nous semble si vraie, nous qui sommes si faux. Ses rides sont toutes des instants de vie, et l’on semble retrouver toute la sincérité du monde, toute sa souffrance et ses désirs –et son bonheur aussi. Et puis tout à coup on ne voit plus d’Hommes.
Tout à coup l’on est plongé dans le travail d’André Mérian, qui nous présente son œuvre, et le monde n’est plus qu’un paysage désert en partie aménagé, entre friches industrielles et zones commerciales. Mais à ce monde pourtant, on ne reste pas indifférent.
Une voiture rouge sang, comme le linge sur la chaussée, qui la contemple ; les lignes droites –trop droites- du paysage et des constructions bétonnées. Tout cela, c’est au fond de nous l’univers que nous vivons –c’est aussi celui dans lequel nous nous déplaçons, souvent sans le voir réellement.
Car c’est aussi cela que nous dit la Photographie : d’observer le monde –non comme il est, mais comme nous le voyons, nous. D’observer le monde sans cesse et d’y voir le temps qui passe autant que l’éternité ; d’y voir le désespoir, -comme le plus grand bonheur.
C’est ce que je vous souhaite le plus au fond de moi-même –d’aimer le monde et d’aimer la vie, en somme. Et si vous n’y arrivez toujours pas, Arles pourra vous l’apprendre.

C. DUFOUR

Mis à jour le mardi 15 septembre 2009