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Ecole de Provence
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30 mai 2010:Solennité de la Sainte Trinité

A l’occasion de l’année Matteo Ricci, l’émission "Le Jour du Seigneur" a consacré une émission spéciale ce dimanche 30 mai : Matteo Ricci, un évangile et des cultures.

Elle a été suivie de la messe célébrée en l’église St Ignace à Paris.

En vidéo la lecture de l’évangile et l’homélie du Père Thierry Lamboley

Devenons les missionnaires que le XXI° siècle attend.

Dans cette église des jésuites, des missionnaires nous entourent. Statues ou fresques représentent des jésuites partis en mission : saint François-Xavier en Orient, le bienheureux Ignace de Azevedo au Brésil et même Saint Jean-François Régis qui voulait partir au Canada – il partira en mission à l’intérieur, en Ardèche. Tous ont été saisis par une expérience amoureuse du Dieu Trinité. Transformés par cet amour, ils ont été envoyés par leurs supérieurs religieux, comme Jésus l’avait été par son Père, annoncer au monde le visage inouï du Dieu de Jésus Christ.

Mais cette annonce suscite de nombreuses interrogations. Prenons saint François-Xavier : quels mots japonais employer pour parler de Dieu dans une langue inconnue de lui ? Dans un premier temps, il avait choisi le nom de Dainichi (un nom qu’il emprunte à une secte bouddhiste panthéiste). Il a vite réalisé son erreur car ce nom tournait en ridicule le Dieu des chrétiens. Par la suite les jésuites se sont contentés de « japonésier » des mots latins ou espagnols. Ainsi Deus, Dieu en latin, est ainsi devenu « Deusu ». Quelle difficulté à trouver le mot juste pour annoncer le Dieu Trinité !

Trente ans après, Matteo Ricci procède autrement en Chine. Il fait le choix de passer par la culture : il apprend la langue, mange à la chinoise, se fait reconnaître lettré par les Chinois eux-mêmes. Après de longues discussions, il opte pour le mot Tianzhu (Seigneur du ciel) pour désigner Dieu. Mais son respect pour le culte des ancêtres lui vaudra d’être soupçonné d’être trop tolérant. Et le travail patient des jésuites sera emporté par des querelles théologiques au moment où, paradoxalement, l’empereur de Chine promulguait un édit de tolérance en faveur du catholicisme. Quelle difficulté à trouver le mot juste pour annoncer le Dieu Trinité !

Cette difficulté est toujours la nôtre. Quels mots, quelles expressions pour annoncer le Dieu Trinité dans notre culture européenne ? Pour y répondre, les lectures bibliques entendues ce dimanche offrent des pistes surprenantes. Avec la première lecture, c’est la piste de la sagesse, des délices et même du jeu qui est proposée. Nos contemporains seront sans doute surpris quand ils réaliseront que l’Esprit de Dieu vient jouer avec eux. L’Esprit qui aime jouer : voilà un visage inattendu de la Trinité.

Le psaume ouvre une autre piste : celle de l’émerveillement devant l’être humain. « Tu l’as voulu un peu moindre qu’un dieu... tu mets toute chose à ses pieds ». La présence du Christ peut être ainsi perçue à travers la grandeur de l’homme, son génie, son inventivité, sa créativité... Nos contemporains seront sans doute ébahis quand ils réaliseront qu’aucun dynamisme humain n’est étranger à la Trinité.

Saint Paul, dans sa lettre aux Romains, propose un autre vocabulaire pour faire entendre le mot de Dieu : l’espérance. « L’espérance ne trompe pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs. » Combien de nos contemporains, et nous parfois avec eux, connaissent la détresse, l’angoisse, la trahison ! Qu’attendons-nous alors pour manifester au monde la présence d’un Dieu qui donne une espérance plus forte que tout ? La Trinité est résolument tournée de notre côté.

Dans l’Évangile, enfin, Jésus nous invite à être guidés « vers la vérité tout entière ». Être guidés vers la vérité, et non pas la posséder. Cette attitude évangélique, que le Concile Vatican II a mis en lumière de façon heureuse, ne peut-elle pas toucher le cœur de nos contemporains et rejoindre leurs attentes ?

A nous d’entourer le monde avec un amour renouvelé. A nous de traduire avec les mots qui conviennent cette sagesse, émerveillement, espérance, vérité qui nous animent. Parfois les mots nous manqueront. Nos gestes parleront alors pour nous. Ou ce sera peut-être une peinture, une danse, une musique ou une œuvre d’art qui parlera pour nous. Les jésuites missionnaires sont aussi musiciens, peintres, architectes, danseurs... Que ces quelques notes de musique chinoise que nous allons entendre inspirent notre méditation. Devenons les missionnaires que le XXI° siècle attend.

Thierry Lamboley s.j