illustration
Ecole de Provence
illustration

Homélie de Mgr Pontier : congrès des APEL

Les parents que vous êtes savent ce que représente la mort d’un enfant. Quelle épreuve ! L’évangile lu à l’instant nous montrait la veuve de Naïm accompagnant son fils unique vers la tombe et le livre des Rois nous partageait le bouleversement intérieur de la veuve chez qui logeait le prophète Elie au moment d’une grande famine : « Que me veux-tu, homme de Dieu ? Tu es venu chez moi pour rappeler mes fautes et faire mourir mon fils ! » Les épreuves remuent bien des choses en nous. Le lien à Dieu est affecté en profondeur et notre culpabilité est réveillée. Le souci, la compassion, le soutien, l’encouragement avec la joie et la confiance sont au cœur de votre expérience.

Il est bon pour nous de regarder le Christ saisi de compassion pour la veuve de Naïm, lui dire : « Ne pleure pas. », arrêter le cortège de mort et l’entrainer dans celui de ceux qui marchaient à sa suite, dans la louange pour ce que Dieu faisait à travers Lui.

Chers Frères et Sœurs, Chers Parents membres de l’association des parents d’élèves de l’enseignement libre.
Vous savez ce qu’est la compassion pour vos enfants. Vous savez toute la force qu’elle vous donne pour rechercher leur bien. Vous savez aussi qu’elle trouve sa juste expression dans un dialogue où la réalité et l’espérance se tutoient pour discerner les chemins les meilleurs pour vos enfants. Ce dialogue commence entre vous, au sein du couple. Il se poursuit avec vos enfants, avec leurs éducateurs, leurs enseignants, avec d’autres parents dans une démarche de soutien, d’échange, d’espérance. L’Evangile qui est notre boussole nous installe dans la confiance nécessaire. Dieu est là. Son Esprit invite à se mettre debout, à reprendre la route de la vie, à se soutenir dans ces solidarités humaines si riches et si nécessaires. Il nous invite à la foi en ce Dieu qui rend la vie, qui a de la compassion, qui marche avec, qui est venu à la rencontre des cortèges de mort qui marquent nos vies.
Que cette foi en l’amour de Dieu vous nourrisse. Prenez votre part dans l’éveil à la foi, dans une vie vécue dans une proposition de la tendresse de Dieu pour chacun de nous, de l’espérance que donne cette foi. On ne peut désespérer de personne.
S’agissant de ce regard d’espérance que notre Dieu porte sur l’homme, veillez à ce que chacun soit toujours regardé avec amour et confiance, tout particulièrement ceux qui ont à traverser le plus d’épreuves, ceux qui ont le plus de difficultés dans un contexte où toutes les formes d’intelligence ne sont pas prises en compte de manière égale. Vous-même, ne vous laissez pas emporter par les schémas de réussite dominants de la société d’aujourd’hui qui est souvent tentée d’exclure ceux qui sont moins performants à ses yeux. Il y a une place pour chacun et même celui qui paraît le plus faible a des richesses uniques et des dons utiles pour tous. Il faut souvent réveiller la confiance pour ouvrir des chemins de vie.

Je voudrais encore vous proposer un point d’attention à partir de l’expérience de Paul, telle qu’il la partage aux Galates. Une partie de sa vie s’est déroulée dans le zèle ardent à « défendre les traditions de ses pères ». Cela l’a conduit à lutter violemment contre les premiers disciples du Christ. Puis le Christ s’est fait connaître à Lui, lui a ouvert les yeux et en a fait un apôtre audacieux, ouvrant des chemins nouveaux sans se couper de Pierre ni des autres apôtres. Un jésuite ami, commentant ce passage disait : « il faut savoir distinguer entre ce à quoi on tient et Celui qui nous fait tenir. » Ce à quoi on tient, autant dire les passions, les projets, les priorités, les points de vue, peuvent nous aveugler et nous empêcher de voir Celui qui, seul nous fait tenir. Nos combats ne sont pas toujours ceux de Dieu, quoique nous disions. Paul en a fait l’expérience. L’Eglise a tiré de sa longue histoire une leçon : il faut accueillir les charismes nouveaux, les choses naissantes et il faut que ceux-ci acceptent de se confronter à l’accompagnement du grand groupe, de l’institution comme nous disons parfois, aux règles fixées. Les personnes sont souvent porteuses du nouveau, du renouveau, de l’intuition, de l’écoute des besoins ; les institutions offrent le discernement, la communion et la durée. Ce jeu est subtil. Les figures de Pierre et de Paul incarnent cette complémentarité.

Le moment d’un congrès national est toujours un temps fort dans la vie d’une association.
Parents, portez le souci de tous les enfants et de tous les parents dans la diversité que connaît notre société. Prenez votre place au sein des écoles, des collèges, des lycées. Prenez-la en fidélité au rôle qui vous est dévolue, prenez-la en fidélité avec ce que vous êtes, les premiers responsables de l’éducation de vos enfants. Prenez-la en dialogue confiant avec tous les autres partenaires de l’enseignement catholique dans le respect du projet éducatif reçu de l’Eglise.

Je reviens à l’évangile du jour pour conclure cette homélie : « Jésus s’approcha et toucha le cercueil ; les porteurs s’arrêtèrent et Jésus dit : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. » Alors le mort se redressa et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère. » Il se mit à parler !
Se parler ! Entendre la voix du Seigneur et se parler.
Que le Seigneur nous apprenne à écouter sa voix, à nous parler, et à parler avec cette société d’aujourd’hui.
Amen

+Georges Pontier
Archevêque de Marseille