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Ecole de Provence
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Les Bêtes du Sud sauvage de Benh Zeitlin (Etats-Unis)

Voici un film qui peut dérouter, mais qui finalement éblouit : il a obtenu au Festival de Cannes la Caméra d’Or (récompense d’un premier film) et une mention attribuée par le Jury Œcuménique, après avoir obtenu le Grand Prix du Festival de Sundance. Ce film d’un jeune réalisateur de trente ans révèle surtout deux grandes qualités.

Nous voici transportés dans les bayous du sud de la Louisiane,, au milieu d’une population très pauvre, qui s’accroche à ce pays dominé par l’eau, à quelques encablures seulement de la grande ville. Le souvenir de l’ouragan Katrina qui a ravagé ce pays est présent à travers de nouveaux cataclysmes et la menace d’expulsion qui plane sur ces déshérités. L’auteur choisit délibérément un style picaresque pour évoquer des personnages presque primitifs mais débordant de vie, créer ainsi avec lyrisme et poésie un univers délabré, envoûtant et magique, susciter souvent une grande émotion.

Mais la plus grande force du film est d’être tout entier construit à partir du regard et de la voix off d’une petite fille de 6 ans, Hushpuppy. Sa mère est disparue, mais elle lui parle encore, dans l’espoir de la voir revenir. Son père est souvent violent, alcoolique et malade, mais au fond plein d’amour. Pour ce rôle le cinéaste a trouvé une enfant merveilleuse, Wallis, qu’on a pu voir en France pour la promotion du film : c’est une actrice-née, d’une vitalité stupéfiante, qui conquiert tous les cœurs : le film lui fait traverser toutes sortes d’aventures rocambolesques, fruit des intempéries sans doute mais tout autant de son imagination : on bascule constamment d’un réel déjà magique à des visions oniriques dignes d’une apocalypse, on rejoint de l’intérieur la vie imaginative d’une enfant.

Le film, réalisé avec peu de moyens, comporte bien quelques faiblesses dans son récit et parfois de la maladresse. Mais le talent du cinéaste, les valeurs humanistes de ce monde fragile, cette stupéfiante petite fille vous toucheront, vous ne les oublierez pas.
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Jacques Lefur
13 décembre 2012