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Ecole de Provence
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Pourquoi on écrit des romans...

« Pourquoi on écrit des romans... » , de Danièle Sallenave, aux Éditions Gallimard Jeunesse, 10 euros 50.

Chronique du 27/09/2010
6 heures 41/ France Culture
Dans l’émission : Pas la peine de crier

Ce matin Marie, c’est le jour des enfants. Une fois n’est pas coutume, je parlerai donc du dernier livre de Danièle Sallenave qui est écrit pour eux. Il s’appelle : « Pourquoi on écrit des romans ». Ce n’est pas la première fois que cette romancière et essayiste tente une incursion du côté des plus jeunes. Dans son précédent livre, « Nous, on n’aime pas lire » paru en 2009, elle racontait par le menu sa visite prolongée dans un collège de Toulon. Cette expérience l’a rassérénée. Elle semble avoir levé ses inquiétudes sur le peu d’appétence à la lecture des collégiens. Un an après cette rencontre, elle est retournée à Toulon et elle a pu constater que son passage n’y avait pas été inutile. « Avant je ne lisais que du fantastique. Maintenant, je lis aussi des classiques. Et j’aime le théâtre, alors qu’avant votre venue, je ne supportais même pas Molière », lui a lancé une convertie. Où l’on voit qu’il est de l’intérêt des écrivains de se déplacer et de venir hanter les salles de cour. Danièle Sallenave, elle, pousse le vice encore plus loin. Elle a donné son nom à une « Maison de Lecture » sise dans le village de Savennières près d’Angers. Gageons que les enfants de la région y liront bientôt ce petit opuscule. Il est moins « prise de tête » que celui de Milan Kundera sur l’art du roman. Les dessins sont de Sandrine Martin. La forme est celle du dialogue. Le fond est celui du fonds commun. Anne, 46 ans, l’écrivain de service, est assise à une table sous une véranda. Elle écrit en rêvassant. Tom, 6 ans, Léa, 9 ans, puis Adrien, 15 ans, ses neveux et nièces, l’interrogent sur son métier. Tom ouvre le feu.

Q : N’est-ce pas un peu une gageure Philippe que de faire parler un gamin de 6 ans ?

R : La plupart des enfants sont comme Mehdi dans le roman de Fouad Laroui, « Une année chez les Français » (Julliard), ils ne comprennent pas les adultes, mais ils ont plaisir à écouter ou à lire des histoires. Les enfants commencent par aimer les histoires, quand ils sont grands, ils les oublient, parfois ils y reviennent. Anne n’est pas tombée de la dernière pluie. « Une histoire qu’on écrit, ce n’est pas du tout la même chose qu’une histoire qu’on raconte », répond-t-elle à Tom. Il ne voit pas vraiment la différence entre une histoire inventée et une histoire vraie. Nous-mêmes, on a beau savoir que fiction, ça veut dire fabriqué, ou plus exactement modelé, comme l’étaient les vases et les assiettes, à Rome, il faut du temps pour l’admettre. Comment travaille un romancier ? Quelle part de son environnement retient-il ? Comment compose-t-il sa fiction ? Tom ne croit pas aux histoires inventées, et Léa a une préférence pour les histoires vraies. Il n’est pas facile de capter leur attention. Ce n’est que lentement que le dialogue glisse vers l’épineuse question de la vraisemblance. Les enfants sans le savoir sont dans la situation de l’écrivain au XVIII siècle. Quoi ? Ces lettres étaient fausses. Mais vous plaisantez, Madame, elles sont de la main d’Héloïse. Le roman par lettres n’est pas une fiction. Tom et Léa réagissent à l’identique. Ils veulent du vrai. À tel point que l’écrivain finit par lâcher : « Il faut que ça ressemble à du vrai, que ce soit vraisemblable ! »

Q : Justement cette conversation que vous avez lue entre un écrivain et trois enfants vous paraît-elle vraisemblable ?

R : Franchement, pas vraiment. Mais à partir de onze ans, les enfants -pas tous évidemment- peuvent la lire ! Et ils la trouveront, j’en suis sûr vraisemblable. D’autant qu’Adrien qui est plus âgé met le paquet. « Un écrivain, dit-il, c’est quelqu’un qui est mort et qui vit à la campagne ». Il a entendu cette phrase, et elle lui plaît, lui, le roi des jeux vidéos, qui déteste les donneurs de leçon et les empêcheurs de glander en rond. Il trouve toutes les histoires nulles, les écrivains ennuyeux, ce qui ne l’empêche pas d’avoir entendu parler de Beckett à l’école. Anne s’efforce de le convaincre, non sans mal, de la profonde humanité du roman. Adrien résiste. Il est branché poésie. On ne va quand même pas lui en vouloir. C’est le jour des enfants, je vous le disais…

Retrouvez la chronique de Philippe Petit sur France Culture

Chronique du 27/09/2010
6 heures 41/ France Culture
Dans l’émission : Pas la peine de crier