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Ecole de Provence
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Prière de l’éducateur

Emmaüs Luc24,13-35

Ils vont leur chemin, Seigneur, ces garçons et ces filles, comme tes
disciples, vers Emmaüs.

Tu m’as mis sur leur route. Donne-moi de les rejoindre comme Tu m’as rejoint dans mon histoire, accompagnant mon cheminement et ma démarche, respectant les méandres, les déviances et même les impasses de ma vie.

Apprends-moi à faire de même, en ton nom, avec eux.
Non pas seulement les voir, mais les regarder.
Ces visages chiffonnés, lisses, ou ceux dont le sourire dit le cœur.
Ces yeux vides, fuyants, ou ce regard pétillant d’étoiles.

Que le soir, Seigneur, je rentre à la maison lourd d’emporter avec moi tous ces visages, tous ces regards.

Apprends-moi, Seigneur, à rejoindre ton désir sur eux en embrassant toute l’étendue de leurs propres désirs.

À ne pas me figer sur ce qu’ils sont mais à me fixer sur ce qu’ils ne sont pas encore, convaincu que leur horizon demain peut venir dire ses promesses.

Comme toi avec tes deux disciples, donne-moi de les aider à apprendre ce qu’ils doivent savoir, mais surtout que l’essentiel est de goûter les choses intérieurement.

On peut posséder tant de savoirs et ignorer ce qu’on sait !

Apprends-moi envers eux, Seigneur, l’infinie patience que tu nous portes.

À être l’agriculteur qui respecte leur terreau et les délais de leurs moissons.

Avec l’espérance infinie.

Quand il m’arrive de les voir comme des puits comblés et desséchés, aide-moi alors, Seigneur, à soulever pierre à pierre pour dévoiler ce qui était caché à leurs propres yeux.

À être le sourcier de l’eau vive qui dort en eux.

Fais de moi, Seigneur, moins l’homme des changements que celui des conversions.

Le don le plus précieux que j’attends de toi c’est cette attention au mystère de chacun d’eux qu’aucune science humaine ne peut atteindre.

Que je puisse leur dire, comme toi si souvent : « Lève-toi et marche ».
Et les accompagner au seuil du Temple, à l’extrême bord de l’éternel.

Que je puisse les inviter à incliner leur cœur vers cet Autre qui les habite déjà, pour écouter le souffle ténu du murmure de l’Esprit.

Un jour de leur vie, fais-les asseoir, Seigneur, à ta table du pain rompu et partagé, pour que leurs yeux s’ouvrent et qu’ils repartent hommes et femmes pour les autres.

Jacques Maréchal, s.j.